Écrit et composé à partir de collectes et d’enregistrements issus d’une enquête déployée sur plusieurs années en Corrèze, le bivouac sonore des Enchevêtré·es explore les formes artistiques d’une écologie matérialiste. Il se compose d’une compose d’une installation de sept cabanes sonores (le bivouac) lieu de vie éphémère que le public est invité à habiter de trois manières : le temps d’une visite libre, d’un atelier, ou pour assister aux deux pièces sonores et musicales qui en prolongent le récit : Le ciel nous tombe souvent sur la tête – balade sonore au casque ; Fonction Pulvérisation – performance vocale et musicale immersive.
Le bivouac porte la mémoire des laboratoires collectifs réalisés avec les habitant·es autour des biens communs naturels et de l’évolution du répertoire de nos relations à la nature dans le capitalisme. Il offre l’occasion de vagabonder sur le chemin d’une enquête au long cours qui explore les transformations des milieux en paysage, en ressource, en marchandise, en force de travail, voire en placement financier.
Le bivouac sonore des Enchevêtré·es travaille à creuser les contradictions entre l’abstraction des conceptions utilitaires de la nature et la matérialité sensible d’autres formes de vie tournées vers l’hospitalité, la solidarité et l’autonomie. En écoutant celles et ceux qui vivent la nature, la travaillent, s’en nourrissent, le bivouac donne à saisir des articulations collectives et matérielles qui pourraient permettre de sortir de celles dans lesquelles le capitalisme nous a installé·es (entre usine, sanctuaire et décor propice à la reconnexion)

Le bivouac des Enchevêtré·es
Installation – durée d’écoute : 40mn environ
Pièce centrale du dispositif, véritable laboratoire musical et illustré, le bivouac se compose de sept cabanes qui sont autant de refuges et de cachettes pour les yeux comme pour les oreilles.
Chacune d’entre elles porte la trace sonore des quelques 600 km de marche en Corrèze et des recherches collectives qui les ont nourries et inspirées : comment est-on passé des forêts aux plantations ? Des cours d’eau aux rivières appareillées par l’hydroélectricité ? De la bise aux gisements de vents ? Du verger des maisonnées aux pomicultures industrielles ?
« Plus qu’une relation au travail, le capital est donc aussi une relation à la nature – une relation cannibale, extractive, qui consomme toujours plus de richesses biophysiques afin d’amasser toujours plus de “valeur”, tout en niant les “externalités” environnementales. Nancy Fraser, Le capitalisme est un cannibalisme.
Le bivouac se compose de
5 + 2 cabanes pour les yeux et les oreilles
– 5 cabanes qui explorent par la matérialité du son les usages des biens communs naturels : la cabane de l’eau, la cabane du sol, la cabane de l’air, la cabane de la forêt, la cabane des paysages nourriciers.
– 2 cabanes seuil qui portent la mémoire de l’enquête et permettent de la prolonger : la cabane des témoins, la cabane des secrets.

4 créations collectives à écouter au casque

4 créations sonores proposées en écoute libre au casque : ces 4 créations collectives ont été réalisées avec les habitant·es des différents villages de Corrèze où les laboratoires de plein- vent des Enchevêtré·es se sont provisoirement installés à l’issue des 4 marches. Ces 4 créations sonores immersives permettent de voyager de Meymac à Peyrelevade, de Neuvic à Voutezac, dans les archives du Bivouac des Enchevêtré·es. Chacune d’entre elle suit le fil d’un bien commun naturel et de ses usages :
·L’eau pour L’Or bleu (mars 2021) réalisée avec les classes de seconde professionnelles NJPF de Neuvic.
·La Langue des pierres (juillet 2021) autour des usages du sol et de l’air avec les habitant·es de Peyrelevade.
·En tant qu’arbre (octobre 2021) autour des pratiques forestières avec les classes de seconde professionnelle en gestion forestière de Meymac.
·Coup de gueule (janvier 2022) autour des paysages nourriciers avec les élèves du campus du végétal de Voutezac.

Le Ciel nous tombe souvent sur la tête
Balade sonore au casque – durée : 50 mn
Comment est-on passé de la ferme à la firme ? Que reste-t-il aujourd’hui des formes de vies collectives et autonomes de la petite paysannerie ?
C’est cette transformation d’un territoire en usine, en hinterland métropolitain, au ras des expériences et des mémoires, qui se reconstitue au fil de cette balade sonore.
Cette fiction documentaire musicale fait entendre les voix de formes de vie radicalement autres, contenues en creux dans cet ordre social qu’on nous donne comme le seul possible : un monde, plus modeste, plus économe, tourné vers le soin, vers d’autres organisations collectives, vers d’autres savoir-faire et d’autres modes de production, respectueux du sens et de tous les vivants.
Expérience immersive et en mouvement, elle ouvre une oreille sur cet autre monde, bien décidé à tenir tête à la fabrique du désespoir et à la dynamique répressive qui l’encadre, depuis les bûchers des sorcières jusqu’aux nouvelles formes de criminalisation des luttes populaires et écologistes.
« Les travailleurs sont situés à l’interface entre la nature et le capital : entre les ressources naturelles et les donneurs d’ordre. Ils sont donc le pivot principal du rapport entre la société et la biosphère, avec laquelle ils partagent une condition similaire. » Clément Sénéchal, Pourquoi l’écologie perd toujours ?

Fonction pulvérisation
Performance sonore et musicale immersive Interprétée en direct par Sarah Métais-Chastanier – durée : 45 mn
Fonction pulvérisation mêle performance vocale live, paysages sonores et hybridation hypnotique des matières récoltées au fil des marches-enquêtes. Celle-ci permet une double expérience en espace sphérique et/ou au casque mixé en binaural.
Jouant de la figuration et de la défiguration, du familier devenu méconnaissable, la dramaturgie se construit entre rituel et documentaire, entre montage dialectique et parole quotidienne. Celle-ci nous invite à explorer, à travers la matérialité du son et de la voix, la transformation des milieux forestiers en plantation et les chaînes de valeur qui découlent de la mise au travail de la nature et du recours à la main d’œuvre immigrée : comment passe-t-on du geste du bûcheron au commerce international de la palette ? Du temps des forêts à celui de l’abatteuse ?
Activations du bivouac
A rebours des logiques hégémoniques de diffusion, chaque installation du bivouac, s’inscrit dans le temps long et se construit dans un dialogue étroit avec les lieux.
Les formats et mode d’implantation permettent d’imaginer un étoilement de possibilités : dans sa forme légère, la performance peut ainsi se donner en espace naturel (forêt, clairière, montagne, etc.), et peut s’imaginer sous la forme d’escapades en association notamment avec la promenade sonore.
Pensé comme un projet à tiroirs & à ciel ouvert, Le bivouac sonore des Enchevêtré·es offre de multiples modalités de rencontres avec les habitant·es du territoire d’implantation. Le bivouac se partage sous des formes très diverses, allant de la construction d’un itinéraire pour la balade sonore, en passant par une contribution aux récoltes sonores, ou la réalisation d’une fresque de parole.
Ces activations peuvent se construire sous la forme de week-ends (inauguration/ transmission/clôture) ou de journées/soirées spéciales élaborées en fonction du lieu d’implantation et de ses possibles comme de ses des contraintes.